Thursday, July 8, 2010

Urubus


Urubus, vous n'avez pas de cri
Cri de chasse, cri d'amour, cri de peur

Urubus, vous attendez qu'on meure

Mort de faim, mort d'amour, mort de peur


Cercles noirs cisaillants le ciel vide
Sans espoirs, attentifs et avides
Sans beauté, sans couleur et sans race
Obstinés, nettoyeurs et voraces
Anonymes citoyens solitaires
Charognards, utiles, élémentaires
Voyageur si tu plies, si tu tombes
Méfie-toi de l^Òombre de ton ombre

Urubus, vous n'avez pas de cri
Cri de chasse, cri d'amour, cri de peur

Urubus, vous attendez qu'on meure

Mort de faim, mort d'amour, mort de peur


C'est ta vie qui ne tient qu'à un fil
Si tendu, si ténu, si fragile
Angle droit du désert du Sertão
Si stérile, si perdu, si brûlant
Le soleil, mangeur d'hommes et de fous
Immobile, efficace et tout roux
Trace encore quelques barreaux obliques
Entre toi et ta mort symétrique

Urubus, vous n'avez pas de cri
Cri de chasse, cri d'amour, cri de peur
Urubus, vous attendez qu'on meure
Mort de faim, mort d'amour, mort de peur

Le silence est un cri qu'on étouffe
Et la peur du sable dans ta bouche
La lumière un fusil dans les reins
La fatigue un foyer qu'on éteint
Tous tes pas dans la poussière qui danse
Sont comptés par le temps qui avance
Tu oublies et tu crois qu'il s'endort
Il te suivra jusqu'à Salvador

Tournez, Urubus
Quand la lumière des villes s'obscurcit vers le néon fragile !

Planez, Urubus

Au-dessus des soumis comme une ombre portée sur la vie !

Vivez, Urubus

Cachés dans vos buildings sans un cri, penchés sur vos plannings !

Vivez, Urubus

Glissez vos doigts d'acier dans nos démocraties avancées !

Tournez, Urubus

Donnez-nous un peu d'air et on vous laisse le phosphate et le fer !

Tournez, Urubus

Qui contrôlez le temps, mines d'or, de platine, de diamants !

Tuez, Urubus

Tout ce qui vous résiste, ce qui vit, qui respire, qui existe !

Fouillez, Urubus

Au fond de leurs entrailles, becs crochus, longs couteaux et tenailles !

Cherchez, Urubus
Ce qui nous fait marcher, ce qui nous fait rêver, nous aimer !

Planez, Urubus

Au-dessus du linceul que déchire le poing d'un homme seul !


Crevez, Urubus
Tombez comme des pierres sur la terre, le goudron en enfer !
Personne Urubus
Ne viendra vous becqueter
Même pas les fourmis rouges affamées

Urubus
Les aigles sont déchus
Innombrables vous gardez les issues !

Urubus - Bernard Lavilliers

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